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vendredi 1 janvier 2016

Voeux 2016

Comme le ravi, santon de la crèche provençale, je voudrais vous dire ma joie de savoir que vous serez comme ces multiples santons avec moi, à Bethléem. C’est à l’Enfant Jésus qui nous attend et qui nous tend ses petits bras que nous voudrons offrir les cadeaux: tous nos amis ; c'est à dire tous ceux et celles petits et grands qui se sont mis en route comme les Rois Mages. Bonne et Sainte fête de la Nativité de Jésus, et vivez bien cette année de la Miséricorde, merveilleux cadeau pour tous.
Merci à Sophie pour ses poèmes qu'elle nous offre. Ci-dessous est un Texte de Gabrielle Marie Mosnier, cadeau destiné à tous.
MTK

Cliquez sur ce texte pour le lire.

jeudi 22 décembre 2011

La Charité (1)



La Foi et l'Espérance invitent l'individu à sortir de lui pour aller à Dieu, mais en restant lui-même.
La Charité est Dieu.
Dans la "charité" (comme dans "charisme") il y a don et don divin.
Le modèle en est la charité entre les personnes divines. […]

Cette Charité de Dieu est plus facile à saisir quand elle se manifeste au monde:
en le créant Il lui donne Sa Vie,
en le sanctifiant Il lui donne Son Esprit,
en le rachetant Il lui donne Son Christ,
don total qui est Dieu même.
La Foi et l'Espérance doivent se dépasser pour aller à Dieu; la Charité est Dieu. Celles-là ne font pas les Saints, la Charité les fait.

Moyen de se laisser faire saint par la Charité:
La double forme du précepte : "aimer Dieu de tout son cœur..."
"aimer son prochain comme soi-même...",
les deux étant le même, deux voies d'union à Dieu.

Pour des privilégiés (Saint Jean, Saint Paul, Saint François d'Assise, Sainte Thérèse), ou à certaines heures de prière, la rencontre spirituelle avec Dieu fait naître l'amour, toujours imparfait parce qu'il est difficile à l'homme d'aimer Dieu: une pensée, un cœur, une âme d'homme ont l'habitude de travailler, d'être émus à partir d'éléments humains. D'où la commune expérience des jeunes et des commençants se désespérant de "ne pas aimer Dieu".

La réponse est dans Saint Jean: "Comment aimerez-vous Dieu que vous ne voyez pas, si vous n'aimez pas votre frère que vous voyez?"
Il faut distinguer un amour de l'âme en Dieu et un amour qui utilise toutes les facultés de notre humanité. Si nous voulons en rester au premier en donnant congé à toutes nos puissances humaines d'aimer, celui-là même s'évanouira en mythes et rêveries et nos puissances humaines se donneront à d'autres objets.
La pédagogie de l'église, comme celle du Christ, comme celle même de Dieu envoyant "le plus beau des fils de l'homme", est ici de faire un faisceau entre les puissances d'aimer de l'âme et les puissances d'aimer humaines. Elle veut que ces deux modes de charité n'en fassent qu'un; souvent le second mène au premier, toujours le premier mène au second.
Saint Jean: "quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu".

Essayer d'opposer ces deux modes ou d'en faire deux voies est mauvaise pédagogie et mauvaise orthodoxie. On peut conseiller à telle âme de commencer par l'une ou l'autre, mais une fois engagée à fond dans l'une, elle trouve l'autre: ce sont deux portes d'une même voie, pour les uns porte d'entrée, pour les autres porte de sortie.
Il est des actes qui paraissent dirigés soit vers le prochain, soit vers Dieu. L'intention seule en fait la vraie direction: la prière, qu'elle soit d'intercession, de rédemption, de réparation, peut être orientée soit vers le prochain pour qui on demande, rachète, répare, soit vers Dieu.
Un geste vers un pauvre ou un malade pour les uns ira vers le prochain, pour les autres vers Dieu en lui.
Il est donc inutile de faire ces subtiles distinctions: la charité envers le prochain qui réquisitionne toutes nos facultés d'aimer ne doit pas aller en définitive au prochain mais au Christ, non pas en imagination, mais en réalité:" Ce que vous faites à l'un de ces petits, c'est à moi que vous le faites".
Le commandement est formel: 1 Jean 4,20-21.

Gabrielle-Marie MOSNIER

Illustration : Jean-Auguste-Dominique INGRES, Montauban, 1780 - Paris, 1867 © Musée du Louvre/A. Dequier - M. Bard

vendredi 14 octobre 2011

L'Espérance



Ses rapports avec la Foi
On espère en Dieu comme on croit en Dieu, il faut déjà être instauré en Dieu pour croire comme pour espérer et aimer. Dans la Foi cette instauration est actuelle. Dans l'Espérance elle est plus totale et embrasse le présent, et le futur. L'Espérance est vertu de sortie de soi plus que la Foi. Celle-ci demande encore à l'individu la conscience de soi. L'Espérance le projette en Dieu (si du moins on ne confond pas Espérance et espoir). Elle est une hypothèque tirée sur le Seigneur.

Sa nature
Tout le livre de Job est une leçon d'Espérance, une épreuve envoyée à un juste pour lui montrer :
• que sa justice n'a aucun sens et qu'il n'y a pas lieu de se reposer en elle et d'espérer en elle, mais seulement en la justice de Dieu (Cf. discours d'Eliphaz de Théman : ch. 4, 6-8 ; 4, 17-18),
• qu'il doit avoir comme objet de son espoir non des choses humaines mais les dons de Dieu 5, 8-9.

Les voies à l'Espérance sont à ménager en laissant en nous la place à Dieu.
L'acte d'espérance nous donne d'ailleurs comme objet de cette espérance :
• la Grâce ici-bas (la possession de Dieu),
• la vie éternelle (notre anéantissement en Dieu).
L'Espérance n'est donc ni imagination, ni désir, ni projet, rien du contenu habituel de nos espoirs.
La réponse de l'Archange au réflexe bien humain de la Sainte Vierge « Comment cela se fera-t-il ? » fut : « La vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ». C'est dans l'obscurité de la Foi, qu'il faut espérer.
Tout ce qui nous aide à sortir de nous fera fleurir en nous l'Espérance, les vertus religieuses vécues peuvent la porter à la perfection.
(…)
L'Espérance est une possession anticipée de Dieu dans le temps : elle nous fait participer à la vie éternelle dès ici-bas ; elle tombera dans le face à face éternel. Elle comporte ici, la Foi, adhésion à une vérité obscure, la Charité, confiance en Quelqu'un que l'on aime.
Elle est des trois vertus la plus méconnue et la plus déformée dans la notion qu'on en a et l'expérience qu'on en vit. Elle n'est ni quiétisme, ni rêverie, mais possession de Dieu donc réalisme : elle demande qu'on cherche Dieu et qu'on espère Sa Volonté.
La pauvreté qui nous débarrasse de notre volonté propre,
la pureté qui nous débarrasse de nous-mêmes et des créatures,
l'obéissance qui nous fait adhérer à la Volonté de Dieu, sont des moyens de vivre l'Espérance.

L'Espérance est une attente de Dieu, mais une attente qui n'est pas vide.
Avant le Messie l'attente de l'A.T. était une attente inactive, ou s'efforçant de L'imaginer, ou Le connaissant par avance comme pour Saint Jean Baptiste.
L'attente de Marie de l'Annonciation à la Nativité, qui est déjà possession, doit être nôtre : une attente qui possède déjà par anticipation.

Gabrielle-Marie Mosnier


dimanche 18 septembre 2011

Trois opérations



Le Zèle (2)
La Foi

1 - L'humilité : La Foi racine dans l'humilité :
Croire en un Dieu Tout Sage et Tout Puissant, c'est nous remettre à notre place. Tout ce qui n'est pas conçu en Lui est privé d'être, est anéantissement.
Croire que l'efficacité de notre action ne vient en rien de nous, mais de Dieu qui la crée en nous, doit nous amener à en chercher l'orientation et les moyens dans l'humilité et sans inquiétude.

2 - La confiance : Croire que si nous ne pouvons rien, Dieu peut rendre notre action efficace, et ne pas tomber dans la recherche de fausse humilité qui consisterait à être persuadé à l'avance que notre action sera sans valeur et son résultat forcément nul, de telle sorte que nous nous en désintéressions et n'y voyions plus qu'une mortification.
Agir en simplicité confiante en recherchant consciemment et sans inquiétude le but et les moyens de notre action.

3 - La foi à l'existence des réalités surnaturelles :
- mérites du Christ
- Corps mystique.

Croire qu'il n'y a pas d'actes indifférents : tout acte qui n'est pas bon est mauvais dans le domaine de l'efficacité de la grâce.

Incidence des vertus religieuses dans cette vie de foi :
Elles y sont comme toujours le moyen de vivre en perfection la vie chrétienne.
La pureté : permet de mieux voir la Sainteté de Dieu. Le fait que Dieu est Saint, qu'Il est Trine, que chaque Personne ne vit que pour les autres, étant modèle et raison de la pureté.
La pauvreté : La foi est le moyen d'être parfaitement détaché des résultats de notre action: bons, ils sont de Dieu, mauvais, ils sont du diable ; aucun n'est à nous.
L'obéissance : est le moyen même de la fidélité dans la foi, moyen de choix de reconnaître et d'accomplir la volonté de Dieu.
"Ils n'ont pas cherché à connaître Dieu davantage, et Dieu les a livrés à leur sens pervers..." (Ep. Romains 1,28)
L'obéissance est la foi qui s'instruit pour agir et qui agit.
Gabrielle-Marie Mosnier, 1940.

Illustration : Louis de BOULLOGNE, Paris, 1733, L’Humilité. © Musée du Louvre

samedi 26 février 2011

Voici le début d’un texte …

… dont quelques autres étapes nous seront proposées au cours des semaines à venir. Gabrielle-Marie nous invite ici à puiser aux racines de notre fidélité.


Le Zèle
La vie active doit être fidélité à Dieu dans l'action.

« Une Vierge royale… devant porter dans son sein le rejeton saint, conçut spirituellement l'Homme-Dieu par la foi avant de Le concevoir corporellement »
Saint Léon, pape, lecture des matines de Noël.

Est faux zèle toute orientation, toute réalisation d'un acte, non conçues spirituellement. Marthe s'agite et s'empresse, bien que son action soit orientée et offerte à Dieu, parce qu'elle ne l'a pas conçue spirituellement.
L'action de Marie quand elle essuie les pieds du Seigneur, bien que ridicule en apparence et sans efficacité sociale, comme le remarque Judas, est agréée parce qu'elle a été inspirée par l'amour.
Pour tous, la fidélité dans l'action provient de l'amour qui inspire chaque acte. La fidélité s'opère par l'action des vertus théologales (Foi, Espérance, Charité) dont la Baptême a mis en nous le germe, et des vertus religieuses (pureté, pauvreté, obéissance) qui doivent en porter le développement à sa perfection.

Gabrielle-Marie Mosnier, La Madeleine, 27-30 décembre 1940.

jeudi 4 mars 2010

Carême à travers Isaïe


La Pénitence
Isaïe: Elle n'est pas une fin en elle-même; la fin c'est l'union à Dieu. Fécondité, joie, triomphe de l'âme, certes mais qui ne se peuvent séparer de la fécondité, de la beauté, du triomphe de l'église, du Peuple de Dieu (35, 1-2).
Elle est un moyen de sanctification "et il y aura là un chemin de sainteté" c'est-à-dire un moyen d'appartenance concrète à Dieu, et par conséquent elle est moyen de béatitude c'est-à-dire capacité de Dieu sans cesse élargie dès ici-bas par l'effort de l'homme pénitent et par la Grâce de pénitence.

Elle est rectification de la nature viciée en ses pentes et ses tendances instinctives :
- rectification de l'acte et du travail des mains de l'homme qui transforment le monde pour ou contre Dieu,
- rectification de la station de l'homme qui a tant de tendance à redevenir la brute à quatre pattes,
- rectification de la direction que l'homme donne à ses démarches ("fortifiez les genoux tremblants"),
- purification de l'intention par une plus grande luminosité du regard,
- pacification du coeur par la confiance en Dieu qui fait miséricorde.

Elle est rectification de la vie surnaturelle.
Les mains lâches ne savent ni ne peuvent diriger, élever une lourde offrande ; renforcées elles se lèveront à Dieu pour la prière et pour l'offrande. Les genoux fortifiés nous feront plus habituellement agenouillés devant Dieu, attitude normale de la créature devant son Créateur, du racheté devant son sauveur adoration et action de grâces.
Nous serons aussi plus solidement campés au domaine de la charité parmi les hommes pour y témoigner par la parole et par l'action, par le service fraternel. « Flectamus genua ... Levate », répète la liturgie de carême, s'agenouiller devant Dieu, se dresser pour vivre sa vie parmi les hommes : excellent exercice de vigorisation et d'assouplissement des genoux !

La pénitence n'est pas un sacrifice qui puisse fléchir Dieu par sa propre importance ou par la dignité de celui qui le fait ou par la perfection qu'il réalise.

Ce que nous faisons maintenant ne peut être agréé que dans la mesure où notre intention la projette en Jésus, le perd au sacrifice de Jésus. Il ne s'agit donc pas de rechercher une pénitence d'importance, mais une attitude intérieure de pénitent "l'Eternel attend pour vous faire Grâce et il sera exalté en ayant pitié de vous" (30, 18).
Et c'est pourquoi la pénitence est consolation, prémisse de paix, parce que nous n'y sommes pas seuls mais que Dieu nous y attend: "consolez, consolez mon Peuple" (40,1) et "ne crains point car je suis avec toi ... Ne crains point c'est moi qui t'ai aidé ...Je t'aiderai et ton défenseur c'est le Saint d'Israël (41,11-13-14).
Elle est conversion de la part de l'homme et innovation de la part de Dieu d'un monde nouveau, pour les regards renouvelés de l'homme. "Je les ai créés pour ma gloire ... que vous connaissiez et que vous croyiez et que vous entendiez que c'est moi ..." (42,7et11 et 43, 18-19) "Voici je m'en vais faire une chose nouvelle".

Pour nous :
Ne pas négliger ce saint temps de carême. Y approfondir non seulement dans les gestes mais dans l'attention et dans l'affection du cœur et dans l'intention de la volonté : plus la miséricorde de Dieu que notre péché, plus le désir de mieux aimer que le regret de l'avoir fait lâchement jusqu'ici.
Que notre regard soit humble: Ne pensons pas que notre efficace en bien ou en mal est énorme. La seule chose réelle à l'occasion de notre péché c'est le prix que Dieu l'a payé. Mais soyons bien convaincus que "ces choses anciennes vont céder la place à ce nouveau ciel et à cette nouvelle terre que la miséricorde de Dieu va créer pour nous à l'occasion de notre pénitence. Ainsi toute préoccupation, tout retour sur notre péché est vanité.
Que la mortification soit celle de ce qui s'oppose le plus à la volonté de Dieu en nous et qui n'est pas toujours grand et tapageur défaut, mais petite négligence. Mortification de l'indépendance par une obéissance plus ponctuelle, dans un domaine plus large, en un don plus total, en esprit de foi, d'espérance et de charité, mortification de notre paresse, de notre gourmandise, de nos vanités.
Que notre mortification soit discrète, qu'elle soit assez surnaturelle pour fleurir en joie, en suavité, en bonne humeur ; qu'elle ne nuise en rien ni à notre devoir d'état, ni à notre insertion dans le monde à notre milieu.

Extrait des textes de Gabrielle-Marie MOSNIER – carême 1944

dimanche 20 décembre 2009

+ 25 Noël




Être pour vous ce brin de paille rêche et ténue qui attire cependant votre divine menotte et plaît à votre enfance parce qu'il a brillé comme de l'or sous la lumière de votre étoile.
Saint Jean

Extrait du carnet intime n° III de Gabrielle Marie MOSNIER.


Un Joyeux Noël à tous les membres et amis de Vacances Universitaires.
Marie-Thérèze KARLEN

vendredi 20 novembre 2009

Pour le Christ Roi



Les trois couronnes de Notre Seigneur.

Couronne de fleurs, celle dont on le couronne par dérision. Mais qui par divine volonté dit la leçon de l'humanité de Dieu "consommant", rassemblant ce que la création a de beau, de prometteur. Couronne de fleurs de l'amphitryon, de celui qui chez les Romains présidait le banquet amical.
Leçons pour nous, leçon d'humanisme. Notre enseignement doit être couronné des simples et belles fleurs de la création et pour cela notre propre humanité doit s'enrichir de beautés naturelles (fleurs, paysages etc.) et des beautés de la civilisation humaine (art, science etc.).
Nous présidons un banquet où se nourrissent de vérités, d'amitiés, de beauté les enfants de France. Que la couronne de fleurs de Notre Seigneur nous soit modèle et nous obtienne humanité séduisante de fête.
Couronne d'épines qui double celle de fleurs. Car les fleurs dont on couronne Jésus avaient de cruelles épines. Par ces épines durement enfoncées la couronne de fleurs fut fixée. Par le sang jailli des épines la corolle des fleurs fut teintée. Mais Jésus seul et ses proches ont su les épines car elles sont tournées vers Lui seul, d'où leur efficacité rédemptrice.
Pour nous, épine de l'acquisition laborieuse des connaissances, de la culture que nous devons livrer facilement, joyeusement. Avec d'autant plus d'éclat et de délicatesse de teinte que la secrète épine a fait saigner notre humanité.
Épine de la conservation en leur fraîcheur de ces vérités à transmettre. Épine de cette patience et de cette maîtrise pédagogiques qui mortifie continuellement notre nature. Épine des rapports quelques fois pénibles avec collègues ou parents d'élèves ou administration. Notre humanité et notre enseignement en doivent être teintés, avivés de cette teinte agréable à tous: la compréhension, la bienveillance.
Couronne de gloire du Roi dont le Royaume n'est pas de ce monde. Auréole naturelle que les artistes ont figurée par un rayonnement de clarté ou une dense condensation d'or. Royauté dont la pleine conscience fait la béatitude des Élus (voyez l'Apocalypse) qui suffit dès ici-bas à faire la jubilation des Saints. Royauté qui se veut ignorée de ceux qui n'aiment pas. Et qui ne se révèle que dans la mesure de l'amour.
Pour nous : demander ce regard surnaturel qui voit en tout événement cette Royauté du Roi pacifique, du Sauveur. Croire que ce Roi va Lui-même consacrer les pauvres efforts de notre enseignement, que ces vérités et ces habitudes humaines que nous donnons à nos enfants, que ce témoignage de compréhension, de joie, de sympathie que nous portons dans notre milieu vont rayonner d'une surnaturelle clarté, que toute cette nature rectifiée au sang des secrètes épines va appeler les rayons de la grâce.

Gabrielle-Marie MOSNIER, mai 1945




vendredi 6 novembre 2009

Le chevalier à la rose



Le Chevalier à la Rose en l'église de Saint-Jean de Malte, Aix-en-Provence, statue de Raymond Beranger, Comte de Toulouse, cofondateur de l'Ordre de Malte en l'an 1100.


Leçon de ce symbolisme du Moyen-Age
Image de la foi vivante, militante protégée par la saine doctrine qui enveloppe tout de ses mailles souples : tête, mains, tronc, pieds. Les reins ceints du double baudrier qui retient l'écu, humilité qui nous garde à notre place à l'abri de Dieu et le glaive, justice de la grâce et de la Croix.
Cette foi veille au chevet du Tombeau dans l'espérance de toutes les résurrections dans la Résurrection. Cette foi est déjà charité épanouie à la Rose dont les épines, s'il y en a, ne sont que pour celui qui l'a cueillie, la protège et la présente au monde. Pone me ut signaculum super cor tuum, ut signaculum super brachium tuum ; quia fortis est ut mors dilectio, dura sicut infernus aemulatio. [Place moi comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras ; car l'amour est fort comme la mort, le zèle de l'amour inflexible comme l'enfer].

Gabrielle-Marie Mosnier

lundi 2 novembre 2009

Christ Roi et Toussaint

Un Roi nous a été donné, et ce Roi est là au coeur de ce Royaume qui est parmi nous, qui est au dedans de nous depuis notre baptême.


*

Royaume de Paix et de force, Royaume de lumière où tout est vrai. Communion des Saints dans l'Amour enfin contemplé face à face au ciel, mais déjà dans la foi ici-bas. Communion des Saints qui voient comme dans un miroir la Royauté du Christ dans Son Église.


*

Si nous croyions seulement gros comme une grain de sénevé, comme tous nos petits soucis, nos débordantes vanités, nos susceptibilités de puérilisme attardé, la préoccupation de notre petit confort, de notre petite "carrière spirituelle" s'évanouiraient, se dégonfleraient, auraient honte dans la vision de foi de l'Église et de Son Roi, dans l'ombre lumineuse de la Royauté de Jésus et de Marie.

Mais comme aussi l'horizon de notre regard s'é largirait par delà nos agitations à cette Réalité du Royaume où c'est en étant qu'on fait, où c'est en se perdant qu'on trouve la volonté de Dieu sur nous, où c'est en mourant qu'on vit enfin!


*

Triple couronne de la Royauté de Marie: Fille du Roi, Épouse du Roi, Mère du Roi que nous voyons un jour mais lorsque nous avons longuement reconnu dans le mystère Sa beauté, l'obéissance et la pureté de Marie. Cette beauté seule, cette obéissance, cette pureté sont sauvées et c'est leur reflet en nous au sein de la misère et du péché que Jésus sauve.


*

Christ de Notre baptême, Marie qui nous enfanta à l'Église, et qui nous enfante à chaque instant sans que jamais notre méchanceté puisse ternir Sa pureté virginale.

Corps mystique du Christ engendré et racheté dans le Sang sans que jamais la corruption dont Il est tiré rejaillisse jamais sur sa sainteté parfaite.

Convertissez-vous, convertissez-vous le Royaume est là et vous risquez de ne pas le voir tant vous êtes occupés de peccadilles.

Seigneur Tournez-Vous vers nous

Seigneur tournez-nous vers Vous!

Et que plus jamais nous n'oubliions Votre Face.


*

Gabrielle-Marie MOSNIER

Aix en Provence

24 octobre Dimanche Christ Roi 1954


vendredi 23 octobre 2009

« Je suis noire mais je suis belle »

Toutes les statues, toutes les images de la Sainte Vierge même les plus belles, laissent à l'âme le désir d'une Beauté bien autre. Même devant les Vierges florentines ou les exquises vierges françaises, l'âme insatisfaite pressent qu'un jour Marie la rassasiera, seule. Et pour quelques âmes choisies (Sainte Bernadette, le Curé d'Ars, Saint Ignace par exemple) ce jour est dès ici-bas. Dès lors c'est à travers le dessin ou la figure de rhétorique symboliques que l'on retrouve le mieux la Sainte Vierge. Les litanies en ce sens valent pour l'âme beaucoup mieux que les trésors artistiques à l'écrin de nos cathédrales mariales.

Et les Ave extérieurement si monotones, où nos lèvres répètent inlassablement la Salutation de l'Ange s'éclairent pour chaque âme à chaque instant de quelque rayon de la beauté de Marie. Cette beauté n'a rien de commun avec la Seule beauté sensible : le texte que l'église applique à Marie, tiré du Cantique des Cantiques nous en avertit "Je suis noire, mais je suis belle". Et toutes les Vierges noires répliquent ce verset au cœur de nos cathédrales de pierres blanches ou roses, blondes ou ocrées. Cette Beauté, Bernadette nous en dira l'intime secret: l'Immaculée Conception. Parce que Marie fut par Grâce exempte du péché originel, parce qu'Elle sut virilement éviter tout péché personnel, Elle est la Beauté, transparence de la créature à la splendeur de la volonté du Créateur. Beauté sans raideur, sans mièvrerie, sans profusion, sans misère. Créature, par Grâce revenue au plan créateur des premiers Jours de Paradis terrestre, Elle est toute harmonie, toute mesure. L'Amour la fit à Sa Gloire. Et la force qui la mène est l'Amour.

Il est bon de relire ce Cantique des Cantiques. Chant d'Amour divin qui se voile sous les mots de l'amour humain. Si l'on en pressent l'intense flamme, l'âme n'osera pas le chanter comme sa propre histoire. La Sainte Vierge seule pouvait donner à cette Flamme un aliment digne de l'Amour, une âme sans scorie, que le Feu consume totalement, parce qu'elle est toute donnée et pure.

Attendre si totalement l'Amour. L'accueillir si pleinement. Le porter en son âme, en sa chair, silencieusement. L'enfanter au monde et l'adorer et Le servir et vivre de Lui et ne plus vivre que Lui, jusqu'à la Compassion, jusqu'à la dormition et l'Assomption. Ce ne sont pas des "actes" différents comme sont nos actes à nous, de la personne, de l'être, de celui qui les fait. Ce sont des "mystères" de Notre-Dame, c'est-à-dire des rayonnements de son être, des manifestations de cette intime beauté de "la fille du Roi". Mais brûlée d'un tel feu intérieur, exposée à toutes les intempéries de la terre, comment s'étonner que l'épouse soit noire. Ils m'ont mise à garder la vigne de mes frères...", Marie gardienne de nos âmes, gardienne de l'Eglise, comme une Mère peut être gardienne, gardienne de nos tabernacles aussi dans l'ombre ou la lumière de nos vieilles cathédrales. "Noire et belle".

dimanche 28 juin 2009

Un témoin de la Vérité : le Saint curé d'Ars



I - La nouvelle naissance

1. "Connaissez la Vérité et Elle vous affranchira".
Cette nouvelle naissance, ce renouvellement par la Vérité il ne suffit pas d'en désirer l'avènement, il faut savoir le demander humblement, l'attendre passionnément, l'accueillir vaillamment.
Petit berger aux écoutes de Dieu non seulement dans le doux chant des oiseaux mais dans les intempéries, la fatigue, la faim, le froid, la soumission à la misère paysanne de sa famille, et tout au long du jour au caprice, aux besoins des bêtes.
Écolier si humblement acharné et pour si peu de progrès à vues humaines. Étudiant aux Sciences sacrées, si démuni, si ballotté, si évidemment peu doué.
Célébrant héroïque, sachant réserver tout le loisir de la préparation, de la célébration, de l'action de grâces. Et pourtant Curé mangé, allant par les champs, par les rues, par les maisons vers ceux qui ne viennent pas à l'église et servant ceux qui y viennent de si loin vers leur libération.
Et cependant toujours en prière, toujours aux écoutes de la Vérité. Prière, labeur, obéissance, sont les lieux de cette attente et de cet accueil. Non parce qu'ils sont de la prière, du labeur et de l'obéissance, mais parce que Jean Marie Baptiste y est délibérément, vaillamment, généreusement pénitent: c'est-à-dire désireux de Dieu seul assez pour ne s'attacher à aucune créature qu'en Dieu et par Dieu seul. La plus sûre façon, c'est de mourir à soi-même, d'être soi-même mort à tout désir. Alors il n'est pas besoin de se garder des créatures; et nous ne risquons ni de supprimer cruellement, ne serait-ce qu'en les ignorant, celles qui n'ont pas eu l'heur de nous attacher, ni de desservir celles auxquelles nous tenons le plus!
Ce témoin de la Vérité, celui dont toute la vie, tous les gestes rappelleront la Vérité, lieront par la Vérité, délieront par la Vérité, éclaireront, conforteront par la Vérité, est d'abord lui-même Pénitent, surtout, sous tout, partout : Pénitent. Et c'est parce qu'Il retourne à Dieu par un si sûr chemin que le diable mettra tant d'embûches et si efficaces, en définitive, grâce à Dieu, pour aider à faire du Curé d'Ars, le Saint Curé d'Ars.





2. Accueillir la Vérité et s'y rendre disponible par l'accueil pénitentiel ne suffit pas à être un homme de Vérité. Il faut encore la fréquenter, une fois accueillie, dans la pratique.
Pratiquer la Vérité c'est agir selon ce que nous sommes, sur des objets qui ont leur vérité, sur des personnes qui ont leur vérité, en des circonstances qui ont leur vérité, et en des finalités de valeurs dont il faut connaître la vérité. (Celui qui n'est pas avec Moi est contre Moi).
Or nous-mêmes, les gens, les choses et les circonstances se manifestent par des "apparences". Il y a des apparences véridiques en ce sens que sans être la Vérité elles la signifient. Il n'est que d'approfondir dans leur sens pour connaître cette Vérité: telle démarche de pénitent est une apparence de repentance, par delà l'apparence connaître l'âme et par delà l'attitude de l'âme reconnaître la grâce de repentance.
Mais les apparences peuvent être trompeuses et tel pénitent dont l'apparence est de repentance n'est qu'un curieux qu'il faut laisser attendre devant le confessionnal jusqu'à ce que l'attitude de l'âme accueille la grâce de repentance.
Voilà sans doute pourquoi certains pèlerins ont la crainte de celui qui lit dans les âmes par delà les apparences. Pourquoi le Prince des apparences trompeuses, du mensonge fait une telle guerre au Saint Curé.
Ainsi pratiquer la Vérité ce n'est pas seulement poser des gestes conformes en apparence, mais agir convaincu jusqu'à l'âme, intelligence, cœur, volonté, de ce que l'on fait et de ce pourquoi on le fait et de Celui pour qui on le fait.
Cela s'appelle la simplicité, celle des saints, tout "unis", qui pensent, aiment et agissent sans réticences, sans "restrictions mentales" de l'intelligence ou du cœur, comme flèche allant à son but par le plus court chemin qui est le plus droit.
Simplicité et discrétion de la parole et de l'action, du silence ou de l'abstention de l'action, c'est le secret des saints qui vivent de la Vérité et agissent en Vérité. Un temps viendra où ceux qui adorent Dieu, L'adoreront en Esprit et en Vérité : C'est-à-dire dans l'assistance du Saint Esprit du Christ Dieu fait Homme.
3. Accueillir, devenir véridique en pratiquant la Vérité ne suffit pas à un témoin de la Vérité. "Ce que vous avez appris dans le secret criez-le sur les toits". Il faut apprendre à dire, à exprimer aux autres par l'action et la parole, la Vérité. Ici encore il y a une grâce à accueillir par lapénitence. Cette pénitence doit aboutir à n'être pas écran entre la Vérité etceux à qui on la propose. Saint Paul disait "ut seductores"; être séducteurs, non pour soi, pour garder pour soi, sa façon de dire, de faire, d'être, d'aimer l'admiration, mais pour que les autres n'entendent que la Vérité, ne voient que la Vérité.
Ici encore le Curé d'Ars est un modèle. Pour les petites orphelines qui avec leur simplicité d'enfant ne voient en Lui que le Bon Dieu, le saint Curé prêche et catéchise, il en appelle aux beautés de la nature, aux oiseaux, aux fleurs. Mais dans l'auditoire de l'église où se trouvent parfois de fins lettrés, il semble qu'il ait fait exprès de s'exprimer en paysan fruste, afinque Dieu seul arrive séducteur aux oreilles et au cœur de ses auditeurs.Une grâce aussi, et une pénitence en accord à cette grâce, à ne pas interposer entre la Vérité et les âmes des fioritures, des inutilités, des obstacles. Aucune citation littéraire, aucune digression, aucune "préparation" esthétique, ou psychologique. S'il y a péché à dénoncer, le saint Curé dénonce le péché; s'il y a à remettre dans le droit chemin l'auteur d'une lettre anonyme, il répond directement à l'auteur puisque par grâce il sait qui il est.
La Vérité qu'il dit c'est la Volonté de Dieu sur la créature, la Vérité qu'il fait c'est la Charité, l'Amour de Dieu qui est exigence et miséricorde de l'exigence.
Et si l'on demande qui lui a appris si authentiquement le divin et l'humain, nous le retrouvons à la même école que les humbles depuis Saint Jean : Marie.
Qu'il parle du péché, qu'il échappe aux diableries sans qu'elles faussent ses intentions et son action, qu'il obéisse à ses supérieurs, qu'il visite pour éveiller la grâce, qu'il devienne refuge visible et invisible des pécheurs, qu'il obtienne grâces de la multiplication du blé, de la guérison des corps, de la conversion des pécheurs, de la persévérance des justes, c'est Marie le modèle, c'est dans la maternelle sollicitude de Marie qu'il en puise la leçon et qu'il en obtient la grâce. "Si pour donner quelque chose encore à la Sainte Vierge je pouvais me vendre, je me vendrais".
En Marie il a trouvé et la fille de Dieu toute pure, et l'Épouse docile de l'Esprit, pleine de grâces, et la Mère de Jésus-Christ médiatrice de toutes grâces. "Et quoi mes frères, après tout ce que nous venons de dire nous n'aimerions pas Marie ? Elle qui semble ne se réjouir d'être Mère de Dieu qu'afin de nous obtenir plus de grâces?"

4. Dans le nom de baptême du Curé d'Ars toute une vocation mariale est inscrite, la vie du saint la révélera fidèlement.

Jean: le dernier regard de Jésus est pour Marie, sur Marie; Jean est si près de la Mère des Douleurs et de Compassion qu'il est dans le champ du regard de Jésus sur Sa Mère: "Femme voici ton fils". Et parce que l'Amour a fait le cœur de Jean, il est de tous les disciples celui dont la délicate pureté est le mieux accordée à celle de la Mère du Bel Amour: "Voici ta Mère". A partir de cette heure il la prit chez lui.
Voilà la vocation en sa perfection: Jean le bien aimé de Jésus, fait prêtre par Jésus, confié à la Mère de Jésus par Jésus, pour que Jean soit un fils pour Marie et le témoin de l'Eucharistie et de l'Église invisible.
Baptiste: l'appelé de la Visitation, "dès le ventre de sa mère", par la charité de Marie; éveillé à la Vie, semble-t-il, juste pour entendre le Magnificat. C'est parce qu'il l'a entendu chanter par Marie qu'il voudra préparer les autres à l'entendre. Le Baptiste des pécheurs à qui il donne baptême de repentance; le Baptiste de Jésus-Christ, de l'Esprit de Qui il reçoit la confirmation: Celui-ci est mon Fils bien aimé.
Ce petit berger aux champs ne s'ennuie pas; il n'a cependant emporté de chez lui ni jouet (il n'en a pas) ni livre (il ne sait pas lire) mais son chapelet. L'Ave Maria est pour lui cette "conversation dans le Ciel" dont parle Saint Paul. Une vraie conversation avec la Sainte Vierge, mieux un vrai tête à tête, mieux un vrai cœur à cœur.
Cette pureté du corps, cette pureté du cœur, ce sens de l'authentique c'est dans de pareils entretiens qu'ils se fortifient et s'affinent.
C'est aussi de pareils entretiens que sort spontanément le recours à Marie en toutes circonstances; parce qu'il a la faveur de s'entretenir avec Elle, il crie vers Elle, il l'appelle, il la remercie, il "l'emploie" à tout bout de champ. Mais s'il l'appelle si souvent c'est qu'il lui a confié sa vocation sacerdotale et qu'il sait que toutes les circonstances par l'intercession de Marie peuvent la servir. Il lui a confié sa vocation sacerdotale, c'est mal dire; C'est comme si ayant trouvé sa vocation au Cœur de Marie il ait laissé cette vocation en Sa place en s'y vouant, lui, de toute son âme. Laissantla Perle à l'Écrin royal, trop profondément humble pour s'en parer, il est d'autant plus réfugiée au Cœur de Marie que là seulement il adhérait à sa vocation sacerdotale. Cette intimité filiale avec la Sainte Vierge est si "mariale" qu'elle est "charisme" c'est-à-dire grâce donnée pour les autres: le Sacerdoce et les grâces de fidélité pour s'y préparer, l'accueillir, l'exercer. La maternité sacerdotale de Marie le Curé d'Ars l'a expérimentée et en témoigne de telle sorte que le sacerdoce tel qu'il l'a exercé est typique: Marie a fait du Curé d'Ars le modèle des Curés, mieux le patron au Ciel des prêtres.
Jean Marie Baptiste est de ceux qui n'ont pas besoin de foule, d'apparats, pour prier et être fidèle. Et la Sainte Viergele sait bien qui tout au long de la vie du saint Curé le tient pauvrement loin des sanctuaires en renom, parfois même loin de l'humble assemblée des fidèles (aux Noé), mais qui obtiendra que dès ici-bas lui qui n'a rien attendu des foules voit venir vers son sacerdoce les foules.
Et pourquoi ces foules accourent-elles? parce qu'il y a à Ars un prêtre si marial que Satan ne peut rien contre son Sacerdoce; qu'à l'image de Marie et dans son conseil il est devenu le refuge des pécheurs; qu'il prêche l'Amour, la justice, la miséricorde de Dieu, toutes choses que Marie lui a mises au cœur et qu'il a conservées;
parce que Celle qui a obtenu à Cana le vin obtient pour les hôtes du pauvre curé de la Providence, le Pain ;
parce que Celle que nous invoquons comme Reine des Saints a conduit Jean marie Vianney sur la claire et ferme route de la sainteté en lui faisant comprendre et imiter les Saints dont il lisait la vie et que sa prière fréquentait.
Et pour que nul ne doute que c'est par Marie que le Curé d'Ars est allé à Jésus, la Sainte Vierge apparaîtra six fois devant témoins au Saint Curé. Et lui ne fera pas façons alors pour dire "Vous L'avez donc vue vous aussi mon enfant? Oui c'était Elle. Vous avez vu la Sainte Vierge ; n'en parlez à personne".
Mais le Curé lui n'en doutait pas : en montrant le carrelage de sa chambre il disait un jour: "On n'oserait pas mettre les pieds sur un tel carrelage si l'on savait ce qui s'y est passé".
Les Saints sont unifiés par grâce; ils meurent comme ils ont vécu. C'est l'année des apparitions de Lourdes que l'Immaculée Mère de Dieu est venue chercher son enfant: Jean Marie Baptiste prêtre, celui qui avait compris dès son enfance que "pour mériter la protection de Marie il s'agit d'imiter ses vertus … sa grande humilité … son admirable pureté … il faut aussi à son exemple se détacher des choses de ce monde".

5. La perfection du prêtre
Et d'abord il prêche la doctrine. L'Évangile et la vie des Saints appuient ou illustrent son enseignement. Une doctrine si simplement exposée, si pleine que l'âme y trouve la vie. Pas d'exégèse savante, pas de critique historique, pas de fioriture. Et cependant lorsqu'on compare avec les meilleurs sermons de notre époque, devant les prêches du Curé d'Ars on dit avec Péguy "Voici la nudité, le reste est vêtement!"
La doctrine en sa plénitude, en sa nudité, exposée à tous, une doctrine qui se fait Homme, prend la voix, les gestes, les larmes de l'homme.
Tout entière dite en chacun de ses aspects:
le péché qui doit être avoué et que Dieu pardonne parce que Dieu a payé ce péché, car c'est le même qui paye et qui pardonne, associant son prêtre au pardon et à la rédemption;
la Vierge Marie, l'Eucharistie, l'Église et sa liturgie, la communion des Saints et des Anges.
Et entre ces deux camps: celui du Mal et du Bien, les combattants : les Saints d'ici-bas et les Anges contre la malice de l'homme et les démons.
Cette doctrine il a eu beaucoup de mal à la reconnaître dans les livres savants du séminaire. Il l'a apprise de son saint curé et père spirituel, il l'a vu vivre dans sa famille, il l'a surtout vécue l'accueillant dans la prière et la mettant en pratique.
En voilà un qui n'a flirté ni avec la Vérité, ni avec l'Erreur! Tout entier engagé à Dieu il est trop droit, il va trop droit pour que le "gauchi", le "biaisé" le dévie. Il est trop pèlerin de l'Absolu pour que l'a peu près, le méli-mélo, le dieu et Mammon, le toi et moi, le oui et non l'abusent. Et voilà pourquoi sa doctrine est si sûre; et voilà pourquoi on trouve à Ars la Vérité qui est l'Amour de Dieu et qui y parle plus clair que dans la chaire des grandes métropoles.
Sûreté de la doctrine, vraie science sacerdotale qui constitue le huitième sacrement, l'Abbé Vianey ne l'a pas confondue avec la politique, la psychologie, l'histoire ancienne, la sociologie fut-elle religieuse, l'économie politique ou la science hébraïsante! C'est cependant celui-là que l'Église a donné aux prêtres comme modèle et comme patron : ce curé qui prêcha deux fois le jour pendant près de trente ans ; et n'a pas hésité au lieu de le choisir parmi tant de prêtres érudits et fins causeurs et talentueux orateurs, à reconnaître celui-là.

6. Sacerdoce alter Christus
Sacerdoce in æternum
Jamais personne, fidèle ou indifférent ou même anticlérical notoire, n'a osé espérer voir en Monsieur le Curé l'homme séparé du prêtre. Il est tout entier, et en toutes ses paroles, et en toutes ses attitudes, et dans toutes les situations : Prêtre.
Et lui-même n'a jamais eu l'idée de se considérer autrement que comme prêtre, "prêtre misérable", "prêtre ignorant" mais complètement sacerdotal.
Envoyé par Dieu à Ars pour y être prêtre de l'Église de Jésus-Christ, il a accompli visiblement les fonctions sacerdotales comme un qui en a l'intelligence, l'amour et le courage jusqu'à l'héroïsme. Il a été le pasteur de tout son peuple, appelant aux places et aux carrefours les invités de Jésus pour leur faire retrouver le chemin de l'église. Il a manifesté prédilection pour les pauvres, les enfants, les malades, et sollicitude pour les pécheurs.
Sachant bien que l'église qui est la maison de Dieu est le lieu où les enfants de Dieu doivent apprendre qu'ils sont de la race des Saints, il a pris soin que les statues des saints, que les vitraux, que les figures d'anges parlent langages clair et enseignent ainsi la doctrine. Attentif à la liturgie dont il savait le véritable rôle, il ne l'a ni simplifiée, ni chargée, ni agrémentée, de telle sorte que les offices à Ars, comme l'ordonnance des autels et des statues, disaient à chacun et à tousla Bonne Nouvelle, l'Évangile de miséricorde.
C'est dans la sainte liturgie ainsi comprise et respectée qu'il célébrait. Ici le Prêtre si humble d'aspect rayonnait de la Noblesse du Prêtre Unique : Sacrificateur et adorateur pour le Peuple.
C'est par l'intelligence de la liturgie que le confessionnal est dans la chapelle de Saint Jean Baptiste mais que les pénitents sont envoyés soit avant soit après la confession à l'autel de la Sainte Vierge.
C'est dans la profonde intelligence du Sacrement de Pénitence que "c'est de nuit comme un voleur que le Curé va ainsi redemander son âme au pécheur pour la rendre au Christ du Baptême et de l'Eucharistie.

7. Le Curé D'Ars Prêtre.
C'est lorsque le Curé d'Ars "tient le Bon Dieu dans ses mains" qu'on devine Celui qui l'a "séparé" et Se l'est réservé. Car si tant de pèlerins viennent à Ars, si les gens d'Ars viennent à l'église, si le Curé d'Ars est, nuit et jour, au milieu de tant de gens et si proche de chacun, c'est qu'il vit amoureusement cette élection jalouse de Dieu, cette séparation de prédilection.
En voilà un qui ne s'est pas trompé sur sa part et son héritage!
Seul dans la Cure, loin de sa famille, seul dans son combat, seul dans ses pénitences, seul sous la fatigue, seul en face de la vision, du miracle! Seul mais non isolé! Relié par sa solitude même à toutes les âmes, immergé dans la Solitude de Jésus!
A l'heure où les foyers se réunissent, il passe en prêtre, apportant la présence du prêtre à la table de famille. Mais il ne s'y assied pas. Cependant il est le plus souvent affamé. Les autres ne s'y trompent pas : un Curé n'est pas un homme comme les autres, et cela parce que Dieu l'aime d'une autre façon! Certes il vient d'une famille rurale, il sait bêcher et garder les bêtes mais ce n'est plus maintenant son travail ! Homme d'Église, c'est à l'église qu'il travaille! Il est bien curieux de voir qu'il n'a même pas eu l'idée de cultiver à la manière des paysans un champ pour nourrir ses orphelines. Dans son champ à lui, il œuvre par la prière, la pénitence, parce que c'est le champ de la foi. Et qui osera dire que son travail n'est pas pour son corps, pour sa personnalité, dur labeur ?
Champ de bataille et champ d'action c'est le même champ pour le prêtre. Il sème, cultive et récolte sur le champ même des combats, et dans les combats mêmes.
Car là aussi J.M.B. Vianey ne s'y est pas trompé, un prêtre est un Ouvrier, l'ouvrier du Royaume de Dieu ! un producteur de vraie Richesse, un défenseur de vraie Richesse, un conquérant de vraie Richesse. Et c'est parce qu'il a cru à cette efficace surnaturelle que biens spirituels et biens matériels ont tant afflué au pays d'Ars, que ceux qui y venaient en sont repartis comblés. Ce Joseph transforme par grâce en grenier spirituel cette paroisse si semblable à l'Égypte quand il y arrivait pour la première fois, et comble les âmes du fruit de son labeur.

Dates:
1. 3ème Dimanche de Pâques - 19 avril 1959


3.
16 Mai


4.
samedi des Q.T. de Pentecôte 25 Mai


5.
30 Mai


6.
3ème Dimanche après Pentecôte Octave du Sacré Cœur


7.
17 Juin 1959